Marchés, créateurs et puissances moyennes : ce qu'un marché de Mexico m'a appris sur le prochain chapitre de la politique commerciale du Canada
Le mois dernier, j'ai représenté l'ÉUADO au sein de la délégation des industries créatives du Patrimoine canadien au Mexique : nous accompagnions la mission commerciale de l'équipe Canada d'Affaires mondiales Canada afin de soutenir de nouveaux partenariats et de renouveler ceux déjà existants. Nous avons visité Mexico et Guadalajara aux côtés d’entreprises et d’institutions de nombreux secteurs (notamment l'agriculture et la tech) qui signaient des accords, envisageaient des coproductions, planifiaient des échanges et ouvraient des débouchés commerciaux.
Au cours du voyage, j'ai visité le Mercado de Artesanías de la Ciudadela. C'est un labyrinthe de textiles faits main, d'argile, d'argent, de bois et de couleurs, une archive vivante de l'identité culturelle du Mexique et le moteur de ses petites entreprises. Le marché a été créé lors des Jeux olympiques de 1968 afin de présenter les artisans de tout le pays à des millions de visiteurs internationaux, et il est depuis lors un pôle d'attraction pour les échanges culturels et le commerce. En d'autres termes, le Mexique a mis l'art et la culture au service de l'identité nationale et de la souveraineté économique, avec confiance et visibilité.
Ce que j'ai vu à La Ciudadela a renforcé le rôle essentiel que joue la culture dans le commerce mondial. Comme je l'ai déjà écrit, les exportations culturelles occupent une place importante dans la stratégie mondiale du Canada. En 2022, les exportations culturelles du Canada ont atteint 24,5 milliards de dollars. Les principaux sous-domaines tels que les arts visuels et appliqués (10,3 milliards de dollars) et les médias audiovisuels et interactifs (7,9 milliards de dollars) ont représenté 74 % des exportations culturelles cette année-là. En tant que puissance moyenne avec un vrai programme de politique étrangère, le Canada pourrait tirer parti de la culture pour faire avancer ses objectifs diplomatiques. Cependant, dans l'état actuel des choses, les mécanismes politiques et programmatiques du Canada ne sont pas en place pour le faire de manière stratégique ou efficace.
Les leviers fédéraux (et leur importance)
Le Canada a une forte tradition d'intégration de la culture dans son programme commercial, mais son bilan institutionnel est inégal. Des programmes de diplomatie culturelle tels que PromArt et Trade Routes ont aidé les artistes et les organisations à développer des marchés et des relations à l'étranger avant d'être abandonnés il y a près de deux décennies.
Avec la Stratégie de diversification des exportations, le Canada s'est efforcé d'élargir ses exportations au-delà des États-Unis et s'est fixé pour objectif en 2018 d'augmenter de 50 % ses exportations hors États-Unis d'ici 2025 : cet objectif a été atteint en 2024. C'est une bonne nouvelle. Mais la composition sectorielle a été inégale et ne remplace pas un plan clair et spécifique aux industries créatives.
Par ailleurs, l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) fera l'objet de son premier examen conjoint plus tard cette année, ce qui créera à la fois des risques et des opportunités pour les règles du commerce nord-américain dont dépendent les exportateurs culturels et créatifs canadiens. Le Canada défend à juste titre une exception générale pour les industries culturelles afin de protéger sa souveraineté culturelle. L'examen de 2026 sera un moment crucial pour préserver et moderniser cette protection, tout en améliorant les conditions quotidiennes des exportateurs culturels (mobilité, douanes, propriété intellectuelle et frictions dans le commerce des services).
Enfin, la Stratégie d'exportation créative a été lancée en 2018 afin d'aider les industries créatives canadiennes à « maximiser leur potentiel d'exportation ». Elle a été renouvelée en 2023 pour un montant de 57 à 62 millions de dollars sur trois ans, répartis entre les missions commerciales, les services de marché et le programme Exportation créative Canada (ECC). Le directeur parlementaire du budget estime les dépenses à 125,9 millions de dollars pour la période 2018-2023, les initiatives les plus importantes étant le CEC et la Foire du livre de Francfort. La stratégie d'exportation créative a été le pilier fédéral qui a aidé les entreprises créatives canadiennes à se lancer sur le marché, mais elle devrait prendre fin le 31 mars 2026.
Le rôle de la culture en tant que multiplicateur de l'influence des puissances moyennes
Les efforts de diversification commerciale du Canada ont porté leurs fruits, mais les exportations culturelles ont besoin d'une voie durable pour l'avenir. Le gouvernement du premier ministre Carney s'emploie activement à rétablir les relations commerciales et à mener des missions de l'équipe Canada sur des marchés clés comme le Mexique. Comme nous l'avons vu avec le succès de Rivalité passionnée, la culture peut être un multiplicateur puissant pour l'influence des puissances moyennes. Elle ouvre des portes, instaure la confiance et consolide les partenariats commerciaux et éducatifs. Alors que les responsables de la politique économique et étrangère se tournent vers un nouveau programme de croissance pluriannuel, le message est simple : aucun plan sérieux en matière de productivité, de diversification ou d'influence mondiale ne peut réussir sans la culture.
Considérations pour l'avenir du Canada
La boîte à outils politique du Canada contient des éléments clés du puzzle. Alors que nous repensons notre stratégie économique et nous préparons à la révision de l'ACEUM, nous avons besoin d'une place spécifique et durable pour la culture. Voici cinq façons dont le Canada pourrait y parvenir :
1. Renouveler et élargir la Stratégie d'exportation créative :
- Rendre la stratégie d'exportation créative permanente, avec un financement indexé et un calendrier prévisible de missions commerciales, d'accélérateurs et de services au marché ;
- Conserver l'approche à deux volets pour les entreprises à différents stades de préparation à l'exportation (prêtes à exporter et en développement à l'exportation) et l'adapter à la demande, avec des objectifs spécifiques pour les créateurs et les entreprises autochtones et méritant une équité.
2. Intégrer un chapitre sur la culture dans la diversification commerciale :
- Que ce soit dans le cadre d'une stratégie de diversification des exportations mise à jour ou de celle qui lui succédera, inclure un pilier « Industries créatives et services culturels » avec des indicateurs de performance clés pour l'accès aux marchés, le commerce des services et la commercialisation de la propriété intellectuelle, en accord avec les équipes sectorielles de Patrimoine canadien et du Service des délégués commerciaux.
3. Introduire une plateforme culturelle de nouvelle génération, axée sur le numérique, qui coordonne la visibilité, le capital et la communauté afin de convertir le succès culturel canadien en valeur économique et diplomatique durable :
- Adapter les caractéristiques éprouvées des systèmes qui ont fait leurs preuves (par exemple, la SODEC au Québec et la Gold House aux États-Unis) et fournir l'infrastructure connective dont le Canada a besoin pour positionner ses créateurs sur la scène mondiale ;
- Offrir un soutien supplémentaire en matière de visibilité aux créateurs autochtones et aux créateurs méritant l'équité.
4. Tirer parti de l'examen de l'ACEUM en 2026 pour moderniser les dispositions culturelles et la mobilité :
- Envisager de mettre à jour l'exception culturelle pour l'ère numérique ;
- Rechercher une mobilité simplifiée des artistes/techniciens/entreprises, des règles plus claires sur l'entrée temporaire pour les services et une simplification des formalités douanières pour les biens culturels, autant de frictions qui font ou défont les petites entreprises qui traversent la frontière. (Les consultations gouvernementales sur la révision sont en cours ; le secteur culturel a déjà souligné les enjeux, tout comme le Centre de politique culturelle.)
5. Rétablir un programme de diplomatie culturelle financé :
- S'appuyer sur l'architecture du programme précédent (par exemple, PromArt, Routes commerciales) pour mettre en œuvre une diplomatie culturelle stratégique et durable, conçue en collaboration avec Patrimoine canadien et le secteur, et la lier directement aux objectifs en matière de commerce, d'éducation et de sécurité.
À La Ciudadela, l'argument politique était évident : des centaines de petites entreprises, chacune ancrant son identité dans l'artisanat, chacune rendant l'économie plus résiliente. Les entrepreneurs et les entreprises créatifs du Canada, des designers et créateurs numériques aux artistes du spectacle et artisans, peuvent et devraient faire encore plus de travail à l'étranger. Ils racontent déjà notre histoire ; nous leur devons les politiques, les programmes et le soutien nécessaires pour la développer.