Mise à jour économique fédérale du printemps 2026 : implications pour les arts, la culture et les industries créatives
Le 28 avril 2026, le gouvernement fédéral a publié « Un Canada fort pour tous », sa Mise à jour économique du printemps (MEP) et premier bilan budgétaire majeur dans le cadre du nouveau cycle budgétaire du gouvernement Carney. Le budget fédéral ayant désormais été déplacé à l’automne, cette déclaration, désormais qualifiée de « mise à jour », remplace ce qui aurait traditionnellement été l’énoncé économique de l’automne et offre un aperçu en milieu d’année de la situation budgétaire, des progrès réalisés par rapport aux engagements antérieurs et de certaines nouvelles mesures.
Une mise à jour budgétaire modérée, avec quelques ouvertures sélectives
D'un point de vue macroéconomique, le gouvernement prévoit un déficit de 66,9 milliards de dollars pour 2025-2026, soit une amélioration de 11 milliards par rapport aux prévisions budgétaires de l'année dernière. La MEP comprend 37,5 milliards de dollars de nouvelles dépenses nettes, mais la plupart des investissements sont concentrés dans les métiers spécialisés, le logement, les infrastructures, la défense et les mesures visant à rendre le logement plus abordable.
Pour le secteur culturel, cela signale le maintien d’un climat de prudence budgétaire, mais aussi des opportunités ciblées là où les arts, la culture et la créativité croisent le commerce, l’innovation, le développement de la main-d’œuvre, l’aménagement du territoire et le développement du sentiment d’appartenance.
La Stratégie d’exportation créative prolongée jusqu’en 2030-2031
La nouvelle la plus importante pour les industries créatives est la prolongation de la Stratégie fédérale d’exportation créative jusqu’en 2030-2031, soutenue par un financement annuel de 19 millions de dollars.
Il s’agit d’un signal bienvenu et important. La stratégie soutient les entreprises créatives canadiennes par le biais de financements destinés à l’exportation, de missions commerciales, de veille économique et d’un soutien sur le terrain à l’étranger, autant d’outils qui deviennent de plus en plus essentiels dans une économie culturelle mondiale hautement concurrentielle.
Le Centre de politique culturelle a toujours considéré les exportations créatives comme un levier stratégique pour le positionnement mondial du Canada en tant que puissance culturelle moyenne. Cette prolongation offre une stabilité à moyen terme aux entreprises et aux créateurs qui cherchent à se développer à l’international. Cela dit, des questions subsistent quant à savoir si les niveaux de financement sont suffisants pour répondre à la demande croissante et à la complexité géopolitique des marchés mondiaux, et si l’accès au programme et les volets de formation soutiennent suffisamment les créateurs et les entreprises émergents et autochtones, ainsi que ceux représentant les communautés marginalisées.
Journalisme et médias culturels : consultation à venir
La MEP annonce également l’intention du gouvernement de mener une consultation sur l’extension du Crédit d’impôt pour la main-d’œuvre journalistique canadienne à la production de nouvelles audio et audiovisuelles. Pour les diffuseurs, les producteurs de médias numériques et les organismes de journalisme communautaire, cela pourrait représenter un soutien structurel significatif, d’autant plus alors que le journalisme continue de s’adapter aux bouleversements liés aux plateformes et à l’évolution des modèles de revenus.
Les détails du processus de consultation n’ont pas encore été publiés, mais les acteurs du secteur culturel et des médias auront tout intérêt à s’impliquer dès le début pour s’assurer que les réalités particulières des médias sans but lucratif, petits ou d’intérêt public soient prises en compte.
Stratégie en matière d'IA : les enjeux culturels sont reconnus, mais le financement reste à déterminer
La MEP offre un premier aperçu de la future stratégie nationale du gouvernement en matière d'IA, intitulée « L'intelligence artificielle pour tous ». Bien qu'aucun détail sur le financement ne soit fourni à ce stade (et que les détails figurent dans un encadré à la page 74), la MEP présente six piliers qui ont des implications claires pour la culture et l'économie créative :
- Pilier 1 : Protéger les Canadiens et préserver notre système démocratique
- Pilier 2 : Donner aux Canadiens les moyens de réussir
- Pilier 3 : Favoriser l'adoption de l'IA pour garantir une prospérité partagée
- Pilier 4 : Bâtir les fondements de l’IA souveraine au Canada
- Pilier 5 : Favoriser l’expansion des champions canadiens de l’IA
- Pilier 6 : Établir des partenariats des alliances fiables dans le monde
Il convient de noter que la MEP souligne explicitement l’importance des voix, des langues et de la culture canadiennes, ainsi que le soutien à une adoption accélérée au sein des petites et moyennes entreprises, ce qui constitue des signaux encourageants pour les créateurs, les travailleurs culturels et les institutions confrontés aux effets disruptif de l’IA. Cela dit, l’absence d’investissements concrets ou de mécanismes de mise en œuvre laisse en suspens des questions cruciales quant à la manière dont les artistes, les organisations culturelles et les travailleurs créatifs seront soutenus dans la pratique. De plus, il n’est fait aucune mention de l’IA publique, qui constitue un point d’accès essentiel pour de nombreux secteurs des arts, de la culture et des industries créatives, et à laquelle l’UÉADO et le Centre de politique culturelle s’efforcent de donner corps. D’autres annonces sont attendues plus tard au printemps ou au début de l’été 2026.
Organismes de bienfaisance et sans but lucratif : une modernisation en vue
La MEP signale également l’intention du gouvernement de moderniser les règles fiscales et les cadres réglementaires applicables aux organismes de bienfaisance et aux organisations sans but lucratif en 2026-2027, en commençant par des consultations avec les parties prenantes. C’est une annonce importante pour les organismes artistiques et culturels, dont beaucoup opèrent dans des cadres caritatifs obsolètes qui ne reflètent pas les modèles de revenus contemporains, les outils de collecte de fonds numériques ou les activités hybrides public-privé.
Infrastructures culturelles
Bien qu'ils ne soient pas explicitement indiqué comme relevant de la politique culturelle, les engagements renouvelés et continus en matière d'infrastructures revêtent une importance particulière pour les institutions artistiques et les pôles créatifs :
- Le Fonds pour bâtir des collectivités fortes (51 milliards de dollars sur 10 ans) inclut les universités, les collèges et les établissements publics qui sont souvent le pilier de la production et de la diffusion culturelles.
- Une aide fédérale de 43 millions de dollars accordée au Centre Harbourfront de Toronto permettra de maintenir les programmes artistiques, culturels, éducatifs et récréatifs tout en répondant aux besoins urgents de réparations majeures.
Ce qu'il manque et pourquoi cela compte
Tout aussi important que ce qui est inclus, ce qui reste absent de la M ise à jour économique du printemps. Il n’est fait aucune mention de l’examen complet des dépenses, grâce auquel les ministères sont censés réaliser d’importantes économies internes au cours des trois prochaines années. Cela pourrait se traduire par une réduction des effectifs, des équipes allégées, ainsi que par des coupes dans les programmes, les subventions et les contributions. Les organismes ministériels sont également concernés par ce processus.
Pour le secteur des arts et de la culture, cette omission renforce un climat général d’incertitude. La stabilité du financement de base, du soutien à la recherche et de la programmation culturelle reste vulnérable aux décisions budgétaires qui se prennent encore en coulisses.
Perspectives
La mise à jour économique du printemps 2026 réaffirme plusieurs orientations clés : les exportations créatives en tant que stratégie économique, l’IA en tant que frontière politique déterminante, et le rôle inhérent de la culture dans l’infrastructure communautaire et l’engagement international.
Alors que l’attention se tourne désormais vers le budget d’automne 2026, notamment à travers la période de soumission des mémoires prébudgétaires à venir (prolongée jusqu’au 22 mai 2026), les mois à venir seront cruciaux pour mettre en évidence la manière dont les arts, la culture et les industries créatives contribuent non seulement à la croissance économique, mais aussi à la place du Canada dans le monde ainsi qu’aux stratégies gouvernementales de développement national à grande échelle.
Le Centre de politique culturelle continuera de suivre ces développements et de travailler avec les partenaires du secteur pour s’assurer que les perspectives culturelles façonnent la prochaine phase de l’élaboration des politiques fédérales.